La Saison Finale
Dire que la saison 7 de Buffy The Vampire Slayer était attendue comme un évènement télévisuel majeur est un gentil euphémisme. Lobjectif déclaré de cette saison finale est en effet de conclure les nombreux enjeux dune des plus étonnantes sagas de lhistoire de la pop culture. Avec cette série, Joss Whedon a su atomiser les limites de son concept de base ( « une collégienne moleste des vampires californiens » ) : il a créé une mythologie à la cohérence et à la richesse rares (le Buffyverse), a transformé ses personnages en icônes (quand par exemple on évoque « Willow », qui pense encore au nain de Lucas, franchement ?) et a rempli son uvre de développements tous plus pertinents les uns que les autres. Parfois en faisant son auteur, souvent en sarmant de références classiques étonnantes mais justifiées et appropriées, mais sans jamais dévier de lhabillage « comic book » qui donne son ton à lensemble. Lister les thèmes qui constituent le sous texte de Buffy The Vampire Slayer serait fastidieux : cette série initiatique et évolutive balaie tout le spectre des évènements de la Vie Réelle (le pire ennemi de la Tueuse de Sunnydale) et des traumas quelle inflige inévitablement. On peut quand même citer des exemples emblématiques traités directement ou par le biais de métaphores (pas si) rigolotes (que ça) : la passion amoureuse, le féminisme, lhéroïsme, la sexualité, la drogue, la dépression, le deuil, etc
Et tant pis pour les aveugles qui persisteraient à prétendre ne voir dans Buffy The Vampire Slayer quun crossover entre Beverly Hills 90210 et un mauvais sentai, ils ne pourront pas venir dire quils navaient pas été prévenus !
Saison finale : « Are you ready to finish this, bitch ?!? » ( « Es tu prête à en finir avec tout ceci, traînée ?!? » : Caleb à Buffy ; 7x22 Chosen)
Pour cette saison finale, les promesses des créateurs du show sont à la hauteur des attentes. Joss Whedon et son équipe, plus remontés que jamais, inversent les rôles dans leur relation avec le public et ce sont eux qui mettent la pression sur les fans (les Buffsters) : ils annoncent quils vont « boucler la boucle », « revenir aux sources » (!?!) et solder tous les enjeux de la série lors dun final spectaculaire et surprenant. Marti Noxon (une des plus influentes coproductrice) se lâche et évoque un Grand Final digne de The Lord Of The Rings. Peter Jackson étant à la même époque en train de casser la baraque sur grand écran avec sa trilogie, on imagine alors quil sagit dun effet dannonce opportuniste digne dun Joel Silver. Mais bien sûr Marti...et pourquoi pas une variation californienne de la bataille du Gouffre de Helm à Sunnydale dans le dernier épisode, pendant quon y est ?
« Previously, in Buffy The Vampire Slayer
» ( « Dans les épisodes précédents de Buffy Contre Les Vampires
» )
Avec la 6ème et avant dernière saison, on est bien loin des débuts funs et décomplexés de la série avec ses monstres faire-valoir, ses répliques percutantes, ses bouffonneries lycéennes et ses combats chorégraphiés par Mia Frye. Dès le dernier épisode de la première saison, 1x12 Prophecy Girl, Whedon a résolument transformé le feuilleton kung fu & rocknroll destiné à ma petite sur en une épopée tragique, lorsque Buffy assume une mission quelle na pas choisie et se sacrifie pour la sauvegarde de lHumanité (ou, pour être un peu plus précis, pour celle du lycée de Sunnydale). A partir du début de la saison 2, Joss Whedon, fan absolu et déclaré de Shakespeare, développe ouvertement ses choix artistiques véritables et insuffle directement les mécanismes de la tragédie classique dans le Buffyverse. Les membres du ScoobyGang (la Tueuse Buffy et ses compagnons de lutte) commencent alors à subir mille tourments dans le cadre daventures mythologiques « bigger than life ». Lexcellente mais choquante saison 6 va très loin dans ce parti pris jusquau boutiste, quitte à en explorer les bas fonds les plus sordides et les plus désespérants : à ce stade du show, les personnages sont mis à genou par un destin quils ne maîtrisent plus. Buffy, autrefois pimpante et déterminée, nest plus quune jeune adulte dépressive, névrosée (elle flirte avec la démence psychotique dans le déstabilisant 6x17 Normal Again) et sans repère (sa relation sadomaso avec le vampire Spike est dépeinte comme une addiction malsaine et autodestructrice). La Sorcière Willow est quant à elle transformée en une boule de souffrance désespérée prête à détruire le monde pour mettre fin à ses tourments (son amour Tara est morte dans ses bras, foudroyée en plein cur par une balle perdue).
La reconstruction
Au début de la saison 7, les personnages sont donc à ramasser à la petite cuillère et le ScoobyGang est au mieux lombre de sa gloire passée. Buffy, remise des affres de la dépression, nest plus assistée que par sa midinette de petite sur, Dawn, et par ce gros loser de Xander. Willow, prise en charge par Giles, lex-mentor de la Tueuse, est en « convalescence » en Angleterre. Spike et le démon Anya sont sur la touche après avoir été respectivement plaqués par Buffy pour le premier (après sa tentative de viol sur la Tueuse dans 6x19 Seeing Red !) et par Xander pour la seconde (devant lautel le jour de leur mariage dans 6x16 Hells Bells !!). La saison finale démarre donc avec une série dépisodes dédiés à la reconstruction du ScoobyGang. Ce parti pris étonne et inquiète. Malgré leurs déclarations ambitieuses et fracassantes sur larc final, les créateurs du show alignent des « loners » (épisodes sans lien direct avec un arc narratif densemble) sur les 9 premiers épisodes (une saison en compte 22). Même si le BigBad de la saison, une entité primale maléfique, La Force (The First en V.O.), apparaît très tôt, ses intentions restent vagues. Les éléments de larc final (la chasse aux Tueuses Potentielles menée par des assassins cagoulés, les mésaventures de Giles en Angleterre, les agissements de La Force dans 7x7 Conversations With Dead People) sont disséminés avec parcimonie et semblent rester au second plan dans la construction des épisodes ; même si ils savèreront en fait déterminants pour la cohérence du scénario global. En fait, larc final ne sera prédominant quà partir de lépisode 7x18 Dirty Girls, avec une avancée notable à loccasion de larrivée des Potentielles à Sunnydale lors des épisodes 7x10 Bring On The Night & 7x11 Showtime. La première partie de la saison finale est donc consacrée aux personnages que Whedon redéfinit et enrichit après les avoir consciencieusement démolis dans la saison précédente (Buffy, Willow et Anya, en particulier, ont eu leur compte). Spike, le vampire-avec-une-attitude (comme aime à le définir Blunt) devient une frappadingue au comportement apparemment incohérent. La pauvre Willow est une plaie exsangue (littéralement dans 7x3 Same Time Same Place !, lorsque consciente mais paralysée, elle est torturée par un monstre répugnant qui prélève des lambeaux de chair sur son corps) rongée par la tristesse due à la mort de Tara et par la culpabilité suite à ses exploits meurtriers accomplis en tant que « DarkWillow ». Dawn passe son temps à se dévaloriser et à mendier sans succès un peu dattention et damour de la part de sa sur. Anya, traditionnel vecteur comique de la série, ne rigole plus du tout : anéantie par le fiasco de son mariage et désoeuvrée après la destruction de sa boutique « Magic Box », elle reprend ses activités de démon de la vengeance par dépit et sans réelle motivation. Une série dépisodes va donc être le prétexte pour faire évoluer tous ces joyeux losers. Cette phase de transition destinée à reconstruire les personnages après le jeu de massacre psychologique de la saison 6 a évidemment pour but de les préparer à assumer le Grand Final mais va aussi être loccasion de présenter des nouvelles facettes de leurs caractérisations.
Caractérisations : culpabilités & rédemptions
Si la mythologie et les rebondissements du Buffyverse doivent tout aux mécanismes du comic book et du sérial (continuité ultra élaborée, avec des détails qui se révèlent de première importance 3 ou 4 saisons plus tard, punchlines cultes, cliffangers interdits aux cardiaques et bastons kung-fu), le point fort du show, la caractérisation des personnages, est par contre tout entier basé sur un travail de fond extrêmement exigeant, complet et ambitieux de la part de Joss Whedon. Lévolution des protagonistes du Buffyverse est ahurissante, à tel point que certains personnages, quand on les compare avec ce quils étaient 7 ans auparavant, sont méconnaissables. La saison finale va être loccasion de les redécouvrir et on va se surprendre à aimer encore un peu plus des personnages dont on croyait à tort tout connaître (Buffy, Willow, Dawn, Spike), quon jugeait antipathique (Faith, la Tueuse déchue) ou quon imaginait restreint à une fonction de faire valoir comique (Anya). Un des axes majeurs de lévolution des personnages dans la saison 7 est le thème de la rédemption. Joss Whedon tient à ce que les membre emblématiques de sa dream team se présentent enfin libérés de leurs tourments intimes pour la lutte finale de 7x22 Chosen, même si cela implique une dernière confrontation avec leurs plus profondes blessures. Les personnages qui paieront le prix le plus amer pour leur rédemption seront sans doute Spike, Anya et bien sûr la vétérante Willow.

Willow, personnage fétiche de Joss Whedon, a droit à un traitement de faveur puisquau moins 2 épisodes lui sont consacrés pour solder ses traumas et la redéfinir. Si Willow est le personnage le plus puissant du Buffyverse (quand elle sénerve, la Sorcière rousse peut envoyer au tapis une Tueuse comme Buffy et même une Déesse ), cest aussi le plus fragile psychologiquement et donc par voie de conséquence celui qui a le plus souffert. Dans 7x3 Same Time Same Place, Willow revient à Sunnydale et mesure tout le poids de ses fautes après avoir commis le meurtre et semé le chaos lors des évènements tragiques du final de la saison 6. La sorcière est tellement traumatisée que son inconscient modifie sa nature : elle devient invisible pour ses amis à cause dun curieux sortilège « involontaire » du à la culpabilité et à la honte qui lui font redouter leur jugement. Dans 7x13 The Killer In Me, Willow exorcise à la fois la mort de son amour Tara et le fait davoir exécuté son meurtrier Warren Meers en prenant lapparence de celui ci, à nouveau sans maîtriser cette mutation. A chaque fois, linvisibilité et la transformation en Warren sont des effets magiques induits par son subconscient et sont donc les conséquences directes (même si non maîtrisées) de ses traumatismes. La rédemption et la « guérison » de Willow prennent donc laspect dune sorte dauto-thérapie incontrôlable qui se fera dans les larmes mais qui permettra à la Sorcière rousse de solutionner des blessures mentales gravissimes.
La rédemption du vampire Spike, autrefois un vampire sanguinaire, sera encore plus spectaculaire puisqu après avoir récupéré son âme, il sombrera dans une sorte de douloureuse folie à la fois alimentée par linfluence du BigBad manipulateur, La Force, et par la prise de conscience de lhorreur des crimes commis en tant que vampire. Ces influences croisées provoqueront chez lui un comportement incohérent (il reproduira ses crimes en chassant de nouvelles victimes lors de nouvelles crises de vampirisme quil occultera ensuite de sa mémoire) et des troubles graves (matérialisés par de sévères accès de démence) pour finalement lamener à exorciser la cause primale oedipienne de ses blocages dans 7x17 Lies My Parents Told Me.
On le voit, Joss Whedon nhésite pas à assumer des positions bien ambitieuses en voulant construire lévolution de ses personnages selon des modèles de thérapie voire de psychanalyse. Dailleurs, Buffy est pour de bon psychanalysée (par un vampire !) dans lépisode 7x7 Conversations With Dead People. Si la démarche peut sembler naïve, elle est surtout dune sincérité remarquable et donne à lécran des séquences dune intensité et dune profondeur folles. Tout ceci est bien sûr décuplé par lattachement et le lien quasi sentimental qui existent entre le spectateur et des personnages quil suit et aime depuis des années, parfois même depuis le premier épisode du show, comme la shakespearienne Willow. Ce travail daccompagnement de ses personnages dans leur évolution et dans la guérison de leurs tourments est à mettre en parallèle avec ce que peut faire un M. Night Shyamalan dans ses films, par exemple.

Dans un des meilleurs épisodes de la saison consacrée à Anya Christina Emmanuella Jenkins, Whedon couple cette exploration de la complexité de ses personnages à une tradition démarrée avec lépisode 4x10 Hush, celle des épisodes « de luxe ». Prenant enfin (et contre toute attente) le contre pied de la personnalité de surface dAnya, 7x5 Selfless montre que derrière la grosse déconneuse se cache un personnage mélancolique et résigné. On découvre quavant de devenir Anyaka, un démon de la vengeance dévouée à son maître DHophryn (qui soit dit en passant la traite comme un proxénète le ferait avec une de ses prostituées), Anya était Aud, une paysanne scandinave de la fin du IXème siècle bafouée par son mari. Anya a traîné son ennui sur des siècles, se consacrant uniquement à la vengeance, avant de rencontrer Xander (le meilleur ami de Buffy) qui lui réapprendra à se comporter en humaine et lui promettra le mariage avant de labandonner devant lautel par peur et par lâcheté : le destin rattrape Anya qui, dévastée, se perd alors dans ses anciens travers. Sa frustration et son désarroi aboutiront à un massacre (redevenue Anyaka, elle tue une dizaine détudiants volages) qui ne pourra être annulé que par le prix dune confrontation traumatisante avec DHophryn. Il accepte de réparer les crimes dAnya en les effaçant mais la brisera mentalement en tuant de sang froid sa consoeur Halfreck pour lui faire payer la trahison que représente labandon de sa charge de démon de la vengeance. Cette épisode de luxe à grand spectacle illustre cette tragédie mélodramatique par de magnifiques flashbacks « historiques » (on découvre Aud dans la Norvège en lan 880, puis Anya dans la Russie du début du XXème siècle) ou évènementiels (Emma Cauldfield, linterprète dAnya, chante et danse lors dune scène qui renvoie à lintrigue de lépisode musical anthologique 6x7 Once More, With Feeling). Le spectateur est aussi gratifié dun spectaculaire combat à mort entre Anya et la Tueuse Buffy qui se prend momentanément pour le bras armé de la justice en voulant faire payer ses crimes au démon. La rédemption dAnya se fera dans le renoncement et lamertume puisquelle se résigne à accepter la perte dun bonheur quelle a entrevu sans pouvoir le concrétiser : lors de la scène finale de lépisode, à loccasion dune confrontation avec Xander, elle valide définitivement lannulation de leur mariage et léchec de leur amour. Dans 7x5 Selfless, Joss Whedon se paie le luxe de bouleverser le point de vue qui existait à propos dAnya et la transforme de manière irréversible en dévoilant son vrai visage, celui dun personnage marrant, léger et décalé en façade mais triste et meurtri au plus profond de son être.
7x17 Lies My Parents Told Me : autobiographies
Dans 7x17 Lies My Parents Told Me, Joss Whedon aborde de nouveau une des ses fixations dauteur et comme pour Buffy et Dawn Summers dans 5x16 The Body, il fait (re)vivre à Spike et Robin Wood (le fils de la Tueuse Nikki assassinée par Spike en personne) lépreuve de la mort de la mère. Si dans 5x16 The Body, Whedon sétait réservé un espace dexpérimentations en rupture totale avec le ton habituel de la série, 7x17 Lies My Parents Told Me sintègre parfaitement dans la continuité de la saison 7 avec une approche « classique » formellement parlant. Pourtant, cet épisode nest certainement pas moins intense et signifiant que 5x16 The Body. 7x17 Lies My Parents Told Me comblera daise les cinéphiles déviants. Lors dun flashback, Spike et Nikki Wood font nuitamment la bagarre sous une pluie battante dans le New York de 1977. Plus tard dans lépisode, le repaire de Robin Wood, lieu de sa castagne dantesque avec Spike, est un superbe et terrifiant décor minimaliste qui revendique pour influence graphique la cellule capitonnée tapissée de croix de In The Mouth Of Madness de John Carpenter. Pourtant, lintérêt principal de lépisode ne réside pas dans ces séquences dynamiques et terriblement jouissives. Si on se livre à un rapide décryptage de 7x17 Lies My Parents Told Me, il faut en retenir les événements majeurs. Robin et Spike, lors dun affrontement où le premier veut tuer le second pour venger Nikki, se psychanalysent mutuellement à grands coups de poings dans la gueule et font remonter à la surface les pires traumas et tabous relatifs à la mort de leurs mères. Spike, après lavoir lui même engendré, a été forcé de réduire en poussière lavatar vampire de sa mère, un monstre porté sur linceste et Robin Wood prend conscience que lamour que lui portait Nikki la Tueuse était peut être tout relatif. Buffy, elle, envoie balader celui quelle considérait comme une figure paternelle en claquant (littéralement !) la porte au nez dun Giles qui la trahie et trompée en complotant pour éliminer leur allié Spike. Ces enjeux, déjà tétanisants, prennent une nouvelle dimension lorsquon les met en parallèle avec des faits déterminants de la vraie vie des 2 plus importants intervenants du show. Joss Whedon était en admiration devant sa mère, morte en 1992 (lannée où il achève le scénario du film matriciel de la série, le navet de compétition Bichette La Terreur). De son côté, linterprète de Buffy Anne Summers, la Walkyrie Sarah Michelle Gellar (qui, anecdote cocasse, est à la fois lhomonyme et le sosie de la fille qui joue Daphné dans Scoobydoo), refuse farouchement de pardonner à son père de lavoir abandonnée avec sa mère lorsquelle navait que 3 ou 4 ans. Le constat est stupéfiant : Joss et Sarah Michelle se projettent dans leur uvre commune et la nourrissent de leurs blessures intimes en faisant vivre à leurs personnages des épreuves quils ont eux même enduré dans la vie réelle. A ce niveau dimplication personnelle et de sincérité, surtout au vu de la puissance et la beauté de ce que cela donne à lécran, que faire sinon poser un genou à terre ?

« Are you ready to be STRONG ? » (« Etes vous prêtes à être FORTES ? » : Buffy Anne Summers ; 7x22 Chosen)
Si la couleur féministe de la série a toujours existé et que les rapports de force entre hommes et femmes ont quasiment toujours été inversés, et ce dès la séquence prégénérique du pilote (une frêle lycéenne sur le point dêtre piégée par un bellâtre savère en fait être une vampire surpuissante), la saison finale choisit de conclure ce thème emblématique en le poussant dans des développements (encore plus) partisans, voire extrémistes. Le point fort de cette démarche est que le thème du féminisme dans la saison finale est résolument relié à la mythologie de la Tueuse et donc aux enjeux relatifs à Buffy. Ce sont donc de très puissantes symboliques féministes qui vont être les outils de Joss Whedon pour expliciter toutes les composantes de la mythologie des Tueuses et pour faire progresser larc final vers son terme.
Ainsi, larrivée des Tueuses Potentielles à Sunnydale dans lépisode double 7x10 Bring On The Night & 7x11 Showtime est couplée à lapparition dun UberVamp (Méta-Vampire en V.F.) surpuissant qui les chasse afin de les éliminer. Le violeur-maradeur qui agresse et asservit les femmes est donc ainsi (lourdement) figuré. Pas étonnant, donc, après les premières raclées quil inflige à Buffy, que la Tueuse arbore un look de « femme battue » qui se passe de commentaires. Pourtant, au lieu de se soumettre et de capituler, la jeune blonde trouvera les ressources et le courage nécessaires pour abattre son ennemi à priori invincible. Résultat : lUberVamp est exécuté par Buffy lors dune spectaculaire mise en scène destinée à édifier ses jeunes disciples Potentielles. Cette leçon prendra toute son importance lors du final où les Potentielles suivront son exemple et auront à leur tour la force de faire face à une armée dUberVamps ...

Dans lépisode mythologique charnière 7x15 Get It Done, les explications manquantes sur la genèse de la première Tueuse sont enfin livrées. Lors dun trip initiatique et déterminant, Buffy rencontre les premiers Observateurs, ceux là même qui ont engendré la Tueuse originelle. Elle réalise bien vite que loin davoir voulu lassister et laider dans sa mission, ils ont en fait perverti lâme dune guerrière innocente (en permettant à une entité démoniaque de fusionner avec elle) afin de linstrumentaliser pour lui faire accomplir une tâche quils ne pouvaient assumer eux-même, la lutte contre le Mal. On a la preuve concrète de ce qui était déjà fortement sous entendu depuis 2 saisons, et en particulier depuis lépisode 5x12 Checkpoint : ce ne sont pas les Tueuses qui ont besoin des Observateurs, mais linverse. Les masques tombent : les mentors du conseil des Observateurs sont en fait des manipulateurs (parfois sans sen rendre compte eux même) qui essaient dabuser la lignée des Tueuses en cachant leur inutilité et leur incompétence sous un vernis de légitimité autoproclamée mais illusoire. Là encore, le message féministe est très fort, presque extrémiste, mais a le mérite denrichir incontestablement les bases du Buffyverse.

Dans 7x22 Chosen, une apothéose féministe planétaire finira par exploser puisque la Tueuse Buffy, mue par une intuition géniale (involontairement suggérée par son ennemi La Force !), provoque de part le monde la transformation de toutes les Potentielles en Tueuses Elues et se crée une armée afin de faire face à La Force et à ses hordes dUberVamps. Cet événement global est génialement exposé de manière intuitive et émouvante lors dune des meilleures scènes de la série : un discours phénoménal et définitif de la Tueuse, où elle lâche son mythique « Are you ready to be STRONG ? » ( « Etes vous prêtes à être FORTES ? » ), accompagne un montage montrant de part le monde des Potentielles qui reçoivent le pouvoir de la Tueuse libéré par la Sorcière Willow qui opère un sort libérant lessence de La Faux, larme mystique de la Tueuse. Lintensité émotionnelle est tout bonnement indescriptible. On peut supposer que devant leurs écrans, les Buffsters partagent la communion sacrée que vivent Buffy et ses filles spirituelles, les Potentielles révélées en Tueuses Elues. Le féminisme militant se transforme ici en une transcendance mystique. La dernière bataille sera à la hauteur de cet incroyable twist final : tel Aragorn et ses compagnons du Gouffre de Helm, Buffy et les autres Tueuses font face à la charge de plusieurs milliers dUberVamps ! Marti Noxon ne bluffait pas : toute la deuxième moitié de lépisode de conclusion de la série prendra laspect dun Grand Final « Lord-Of-The-Ring-esques ».

A lécran, le spectacle est hallucinant et dépasse de très loin les espérances les plus folles. Après avoir ouvert le sceau de la Bouche de lEnfer en versant leur sang lors dune communion silencieuse mais intense en diable, Buffy et ses Potentielles vont au devant de larmée des UberVamps pour les combattre au cur même de leur antre, une grotte gigantesque située sous le lycée de Sunnydale. La bataille finale, épique au dernier degré, montre les jeunes femmes affrontant bravement des hordes dennemis qui déferlent sur elles par vagues. Alors que le surnombre semble empêcher tout espoir de victoire (une vingtaine de Tueuses contre plusieurs milliers dUberVamps), Spike, touché par la grâce du Shanshu, se met à rayonner tel un soleil et engendre une onde lumineuse qui dévaste tout et réduit en poussière les meutes dUberVamps. Tétanisé par lenjeu démentiel et par la démesure épique en marche devant ses yeux incrédules, le fan serre le poing et vibre, submergé démotion. (ndF : respire francesco, ça va bien se passer) Cet incroyable tour de force est mis en valeur par la magnifique musique de Rob Duncan, dune beauté et dun lyrisme à en pleurer (et ce nest pas exagéré). Un élément émouvant et marquant parmi tant dautres sera par exemple la symbolique (évidemment féministe) attachée à La Faux. Alors que traditionnellement, les armes légendaires sont des épées, cest à dire des symboles masculins évidents (un objet long et effilé propriété exclusive dun Champion unique qui larbore fièrement comme symbole de son pouvoir et de son individualité), La Faux est présentée lors de la bataille rangée finale comme une arme résolument féminine, ce qui est rarissime (unique ?) et évocateur : ainsi, cette hache ronde, aux courbes harmonieuses et de couleur rouge sang menstruel (!) nest pas larme dun seul individu mais celle dun groupe de femmes : elle vole de mains en mains et la plupart de Tueuses (Kennedy, Buffy, Faith, Rona puis, pour finir, Buffy à nouveau) auront loccasion de lutiliser ensemble dans une sorte de rituel de partage bouleversant.

Même si on peut se demander si le féminisme étonnamment extrémiste de Joss Whedon nest pas en fait une pose douteuse qui serait loccasion de sacheter à peu de frais une bonne conscience politique teintée dhypocrisie, force est de constater que ce parti pris se justifie car il est transcendé par ses implications dans le cadre de la mythologie du Buffyverse et de la Tueuse à laquelle il correspond parfaitement. Au delà dun féminisme partisan et unilatéral parfois associé à un anticléricalisme assumé (un des pires adversaires de la Tueuse, le terrifiant Caleb, le « vaisseau » humain de La Force, est un prêtre misogyne quasi invincible et assassin multirécidiviste de femmes. Buffy le tuera finalement à grand coup de Faux dans les burnes !), le show montre surtout de façon flamboyante lémancipation de la Tueuse face à lautorité (des Observateurs) et à loppression (des forces du Mal), ainsi que la démonstration de ce quaccomplit une héroïne suprême qui définit ses propres responsabilités et les assume envers et contre tous. En créant larmée de Tueuses, Buffy rejette la loi de la Tueuse Unique par génération pour imposer à la place sa propre conception philosophique de la Tueuse et par extension de la marche du monde (dorénavant protégée par une armée de jeunes femmes
). Buffy sait aussi résister « à son côté obscur » incarné par La Force elle même, qui vient régulièrement la narguer et tenter de la déstabiliser psychologiquement en prenant son apparence. Là, la blonde californienne devient la figure ultime de lhéroïne vertueuse et nest pas loin de lUberMensh, paraît-il. Dailleurs, qui dautre pouvait « être prêt à être assez fort » pour affronter des UberVamps ?
« Weve changed the world !!! » ( « Nous avons changé le monde !!! » : Willow Rosenberg ; 7x22 Chosen)
Au delà de sa forme épique et spectaculaire et de la pression quasi insupportable que cet épisode implique (cest la fin de Buffy The Vampire Slayer !) , 7x22 Chosen est un tour de force danthologie réglé comme une horloge puisquil réussit lexploit de solder les enjeux dune série centrée sur ses personnages en les englobant dans une vision globale et incarnée (pour reprendre le qualificatif dAstuce Mario). Pour le Grand Final, le ScoobyGang (réduit à 3 personnages au début de la saison) est devenu une armée avec ses soldats (les Potentielles, autant dindividualités dont la Tueuse doit conquérir le respect et la confiance), ses Champions (la Tueuse Faith, le vampire repenti Spike, le guerrier Robin Wood), ses stratèges (Giles), ses shamans (la Sorcière Willow), ses hérauts (Dawn, Xander), ses mascottes (Andrew) et, évidemment, son leader charismatique (messianique ?), la Tueuse Buffy. Cette étonnante troupe ne va pas cette fois ci se contenter de sauver le monde mais va le changer lors dun rebondissement final qui est à la fois surprenant et dune cohérence fulgurante : on la vu, Buffy va avoir lidée inédite daller « contre la Règle » ( « Il ne peut y avoir quune Tueuse par génération » ) et frappée par une inspiration géniale va imposer sa propre loi et sa propre morale en transcendant lessence de la Tueuse et en révélant toutes les Potentielles de par le monde en Tueuses Elues. Lors de 7x22 Chosen, la conclusion de lévolution de la plupart des personnages semble obéir au précepte « Deviens ce que tu es » , que Joss Whedon a fait sien en ladaptant : « Dont give them what they want, give em what they need » ( « Ne leur donnez pas ce quils veulent, donnez leur ce dont ils ont besoin » ). Cette maxime culte « whedonienne » fait référence aux spectateurs du show mais aussi (surtout ?) à ses personnages. Ainsi, ils rencontreront leurs destins dans 7x22 Chosen de manière définitive (R.I.P. Anya Christina Emmanuella Jenkins, morte lépée à la main en combattant au côté des humains), pas forcément glorieuse mais toujours cohérente. Paradoxalement, certains dentre eux sortiront grandi et trouveront leur vraie place en tirant un trait sur leur gloire passée. Comme Faith (lex rebelle torturée qui se met au service de la cause) ou Dawn, la jeune sur de Buffy, autrefois Une Clé mystique surnaturelle et surpuissante et qui à la fin de la saison finale achève son évolution en humaine certes « banale » mais qui peut être fière de la valeur quelle sest elle même construite.
Seuls le Champion et lHéroïne se révèleront dignes de surpasser ce nécessaire besoin de pragmatisme : Spike se sacrifiera pour éradiquer les UberVamps et concrétisera ainsi lidéal du Shanshu, le vampire doté dune âme dont le sacrifice ultime rachète les péchés. Buffy, elle, réalisera enfin la fusion entre La Tueuse et lHumaine à laquelle elle aspire depuis 7 ans. Ainsi, elle accomplit sa mission de manière définitive tout en sen libérant (la charge de la Tueuse est transférée sur les Potentielles auxquelles elle a donné les moyens de lassumer) et ses aspirations personnelles sont comblées : comme le fait remarquer son ancienne némesis devenue sa sur darmes, Faith, Buffy a enfin gagné le droit de mener à sa guise une vie de femme libre. Le magnifique plan final la montre donc dans sa pose iconique culte, bras croisés et sûre delle. Son visage est illuminé dun sourire contenu mais bouleversant dintensité : forte et déterminée comme à son habitude, Buffy Anne Summers est pour la première fois de la série confiante en lavenir. Il aura fallu attendre la dernière image du dernier épisode de la dernière saison de Buffy The Vampire Slayer pour la voir ENFIN se réaliser dans toute sa plénitude de Tueuse Elue mais surtout dHumaine Libre. Lémotion est indescriptible, et cest un merveilleux et ultime cadeau que nous font là Joss Whedon (bien sûr derrière la caméra pour 7x22 Chosen) et Sarah Michelle Gellar.

Avec 7x22 Chosen, Joss Whedon et Sarah Michelle Gellar concluent leur saga en montrant une Buffy Anne Summers plus forte que la Mort et plus grande que la Vie. Elle a souvent sauvé le monde. Maintenant, elle le change.
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+++ Merci Joss. Merci Sarah Michelle. +++
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